
Au sein même de l’humanité, nous formons une communauté ayant pour point commun un centre d’intérêt nous permettant de trouver une sorte de raison de vivre. L’automobile est un leitmotiv pour lequel nous pouvons éprouver des sentiments forts. Comme pour chaque chose que nous chérissons, nous nous attachons à une manière de la vivre. L’adoption de certains goûts, dictés par notre éducation ou nos expériences passées, définissent ce qui nous semble être le conformisme. Alors, quand nous sommes confrontés à un concept inconnu, notre cerveau provoque ce qui s’appelle une dissonance cognitive. Cette tension psychologique peut provoquer des réactions créant des problèmes relationnels, résolvables grâce à un seul outil : l’ouverture d’esprit.
Alexandre est connu pour avoir quelques peu chamboulé l’ordre esthétique au sein de la petite communauté Béhémiste française. Choisissant de rabaisser sa voiture au maximum, grâce à des suspensions à air, et de la chausser avec des jantes dantesques, il s’est affranchi des règles stylistiques communes pour créer l’auto qui lui convenait. Le seul objectif en achetant cette voiture, dont le moteur était hors service, était de la modifier pour que les lignes simples du cabriolet soit sublimées par la faible garde au sol.
Les expositions et rassemblements d’adeptes de ce style sont légion en Europe, et c’est souvent avec un groupe d’amis qu’il voyage à travers le vieux continent. L’expression voiture de parking n’a donc jamais aussi mal porté son nom. De l’Autriche à l’Angleterre, le plaisir de se retrouver dans des villes inconnues avec son groupe d’amis relègue l’automobile à un second rang. Les voyages sont prétextes à vivre de bons moments, à tisser des liens avec des inconnus et à découvrir de nouveaux paysages.
Les réseaux sociaux font que nous sommes rapidement au courant quand il y a une nouvelle voiture dans notre entourage ou dans l’entourage de notre entourage. J’avais donc déjà pris connaissance de l’existence d’Alexandre et de son cabriolet en région parisienne.
Pourtant, c’est du côté de Nice, un mois d’août 2017, que je l’ai croisé pour la première fois. Impossible de passer à côté, même en étant concentré sur la route. Été 2018, toujours du côté de Nice ,“les habitudes ont la vie dure”, je reviens de la baignade quotidienne avec mes acolytes et tombe nez à nez avec le cab garé devant notre chignole. Je me souviens encore de la réaction d’un couple marchant devant nous : complètement ahuris par la garde au sol et les roues rentrées dans les ailes. Je décide de la prendre en photo et d’envoyer un DM à son propriétaire sur insta’. L’échange démarre doucement, on discute anciennes BMW.
je lui parle de mes projets photos et lui fait part de mon envie de la shooter entièrement à l’argentique.
Le temps file, l’été et les 30°C de la Côte d’Azur sont loin, nous voilà en plein hiver à Paris. Un lieu attire mon attention sur Spotr, je re-contacte Alexandre et lui montre la pépite trouvée dans le 93.
Bien que j’aime les voitures et la photographie, je me suis lassé très tôt des shoot à tourner autour d’une voiture et cliquer avec peu d’engouement. D’où mon envie de toujours mêler architecture ou modèles à mes photos, jusqu’à même pousser le vice de donner le second rôle à la voiture. Nous voilà catapultés un dimanche ensoleillé, au beau milieu de ce parking surnommé “double hélice” et qui donne l’impression d’un enchevêtrement de béton, c’est l’endroit idéal pour enrouler quelques pellicules.
Une belle rencontre et un moment de partage qui ont même permis de redonner goût à Alex de sortir les vieux argentiques familiaux pour se mettre à la photo. Priceless.
Tout aussi amoureux de son modèle de série 3 qu’un autre propriétaire, il apprécie autant un véhicule d’origine que modifié. Mais surtout, il ne se permettra pas de venir juger l’engin de plaisir d’un autre. Non pas par je m’en foutisme, mais pour éviter tout débat stérile. Appuyé par la qualité de restauration de sa voiture, et par sa volonté de ne pas faire de modification irréversible, au final, Alexandre a plus de points communs avec un amateur de véhicules d’origine que l’on pourrait le croire.
Cet entretien avec celui qui me semble être un représentant d’une génération de personnes collant leur bagnole au sol est une belle leçon de vie. Sans pour autant s’obliger à aimer le premier style d’automobile venu, ou n’importe quelle manière de l’utiliser, on se remet vite en question. A quoi bon perdre son temps à jacter dans des séries de commentaires futiles tissant le net, alors qu’il suffit de s’asseoir autour d’un verre, de discuter et de s’apprécier. Faisant écho à un de mes articles paru il y a deux ans sur un blog anglophone, au contraire d’un régime ou d’épargner, s’ouvrir l’esprit est une résolution de nouvelle année à ne pas négliger. Appréhendez ce qui vous entoure sans vous prendre la tête sur des sujets qui ne vous concernent pas directement. Autant que la vraie conduite ne se fait pas derrière une console de jeu, les vraies rencontres riches en partage, sont celles qui se font autour d’une table.